Mon merveilleux mois de juin

Ces dernières semaines j’ai eu l’impression d’avoir été dans un voyage perpétuel. Par-ci, par-là, par ici à nouveau, je n’ai été que très peu dans mon « home sweet home ». Toujours loin de chez moi, cette période si particulière de ma vie entame sa fin (ou son tournant) sur une des tables de la cantine de l’hôtel Parisien cosy dans lequel j’ai posé mes valises. Ici, je me replonge dans les souvenirs bouillonnants de ces dernières semaines…

Ce paragraphe là c’était il y a déjà 20 jours ! Une fois n’est pas coutume, je commence un article quelque part et je le termine ailleurs. Entre temps, beaucoup de recul et beaucoup de repos, parsemé de travail… pour ne rien changer. Mais un recul nécessaire pour me permettre de partager au mieux ce que j’ai vécu au mois de juin. Ce merveilleux mois de juin où nous avons réalisé ce que beaucoup d’autres pensaient impossible. D’ailleurs je n’oublierai jamais ce coup de fil la veille du jour où tout a vraiment commencé : «  Dis-lui de ne pas se présenter. Il va perdre ! Il fera un score ridicule. Et toi aussi tu vas en pâtir… ». Oh oui ! C’est sûr que je n’ai pas manqué de le lui dire… À la toute fin de l’aventure, après les résultats, sur le chemin de la télévision locale où les deux Députés de Guyane étaient les invités du JT. Il était l’un deux ! 😛

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 S’affranchir des mythes

Je profite de cet article pour mettre à bas une sorte mythe. Il peut être réel, mais je pense qu’il n’appartient qu’à nous de donner vie à ce mythe ou pas. On m’a souvent dit : « Si tu communiques pour des gens qui perdent, c’est fini pour toi, tu n’auras plus de marchés, tu seras décrédibilisée ». En réalité, j’ai communiqué pour deux campagnes avant celle de Lénaïck. Deux campagnes perdues. Malgré la déception des résultats, à chaque fois j’en suis ressortie avec la sérénité d’avoir donné le meilleur de moi-même. Et qu’on perde ou qu’on gagne, qu’on perde des soi-disant marchés ou pas, rien ne peut enlever ça. Vous savez ce qu’on dit.. « Sa ki la pou to dilo pa ka chariye’l ».[1]

Petit préalable avant d’aller plus loin

Vous savez, beaucoup d’encres coulent pendant les campagnes. Les nouveaux « Experts » en politique sur « TéléFacebook » analysent tout : les rumeurs, les cancans en tous genres, le candidat sous toutes ses coutures, son attitude, ses tenues, son déhanché aussi. Mais lorsqu’on vit une campagne de l’intérieur, on a une autre réalité de ce qu’est une campagne électorale. Et c’est cette réalité que je souhaite partager avec vous. Si vous vous attendiez à des cancans ou autres… « On s’appelle on s’fait une bouffe ? » 😛

En campagne, on se surpasse

La première chose que je retiens sur les campagnes électorales c’est la fatigue qu’elles génèrent. Et je vous l’assure, qu’on soit derrière un ordi ou sur le terrain, cette fatigue est toujours aussi intense. Pour vous donner un tout petit extrait (vraiment petit) :

J’avais déjà fait trois ou quatre nuits blanches à Montpellier pour boucler les commandes et finaliser une partie des éléments de communication avant de prendre l’avion. J’arrive à Cayenne, je fais un saut chez moi pour déposer mes grosses valises et prendre de quoi tenir une semaine. Je rejoins Lénaïck qui enregistre son annonce. Nous allons ensuite dans une rencontre avec des jeunes. Je filme la rencontre, distribue des pins aux participants, prends des photos, des millions de photos… À la fin, on part en réunion pour la stratégie de com à finaliser. Toute de suite après, on file à Saint-Laurent du Maroni à 4h de route de Cayenne. Arrivée là-bas, si j’avais cru que j’allais enfin pouvoir me reposer j’étais foutue. Il fallait finaliser un document en urgence. Il était au moins 2h du matin quand je suis allée dormir. Et si moi j’allais dormir, Lénaïck et d’autres membres de l’équipe partaient à la rencontre d’une famille endeuillée… Ce n’était que le début.

Nuits blanches, compléments alimentaires, cafés, boissons énergisantes, sont le lot de ceux qui s’engagent dans une campagne électorale. Pourtant, malgré l’épuisement, on tient. On tient car on n’est pas que fatigué en vérité on se surpasse constamment. Il faut bosser tout le temps, presque sans arrêt. Il y a toujours quelque chose à faire : et on fait ! Quoiqu’il arrive. Du coup une campagne est un excellent moyen pour garder à l’esprit à quel point on est fort et à quel point on est capable de travailler intensément. C’est un boost incroyable pour la motivation et on peut se dire « si j’ai réussi à faire ça, je peux tout faire ». Bon peut-être que j’exagère un peu…

On voyage, on découvre, et re-découvre

Une campagne électorale c’est aussi la possibilité de parcourir du terrain et avec ça vient la découverte d’un territoire. Attention, ce n’est peut-être pas le cas pour les municipales. Mais dès qu’il s’agit des régionales et des législatives on peut être amené à parcourir la région ou la circonscription. Et forcément… ça n’a pas de prix ! Surtout lorsqu’il s’agit de survoler les étendues de cette forêt amazonienne généreuse et impressionnante, de naviguer sur le fleuve et se détendre dans l’observation minutieuse du scintillement de l’eau, en même temps que l’air nous qui caresse agréablement la peau.

D’ailleurs ce n’était jamais assez. « Ah ! On attérit dèjà ?! ». « Ça y est ? On est arrivé à Elahé ? ». J’aurais voulu que ça ne s’arrête jamais. Et même si ça signifie qu’on rajoute de la fatigue à la fatigue constante, ce n’est pas grave, on accepte volontiers parce que c’est en réalité une chance. Et puis je vous l’ai dit on se surpasse. Pour ma part, c’était la première fois que j’allais à Maripasoula, Grand-Santi, et dans les villages Elahé, Twenké et Talhuen. Bien-sûr, j’ai un sentiment de « pas assez » et je rajoute à ma liste de voyage à faire toutes ces destinations. Elles sont magnifiques. Elles sont aussi déroutantes. Elles offrent à voir d’autres réalités que celles qu’on voit sur le littoral. Malheureusement il faut aussi dire que certaines de ces réalités sont véritablement tragiques. Et tout ça… niché dans les profondeurs du Paradis vert de la Guyane.

Dans la pirogue

Sur cette pirogue qu’on ne veut plus quitter

Petite princesse du village Twenké

Petite princesse Wayana et sa maman au village Twenké

Dans la villa du Président Bouterse (Suriname) j’étais passionnée par ces perroquets

Palais présidentiel du Suriname

Mais surtout on rencontre

Qui dit voyage, dit rencontres ! Il y a les rencontres avec les habitants, qui sont les électeurs potentiels. Ils échangent volontiers sur leurs attentes et leurs déceptions. Parmi ces nombreuses rencontres toutes aussi enrichissantes les unes que les autres, je n’oublierai jamais cette femme amérindienne de Twenké. Elle venait à peine de perdre sa petite sœur. Une adolescente qui a mis fin à ses jours. Pour poursuivre le collège, cette sœur, s’en allait chaque mois loin des siens, en famille d’accueil chez une femme qui l’a traitait mal [selon les dires]. Les weekend, elle les passait aussi loin de sa famille. Car il n’y a [avait?] pas de pirogues mises à disposition le weekend pour ramener les jeunes adolescents dans leur village, auprès de leurs familles. Quelle déchirure que l’on fait vivre à ces familles ! Pour… l’École Républicaine ? Leur donner les clés dans un avenir conforme à un modèle unique ? Quel avenir ? Dans quel contexte et comment ? C’est la première fois que je palpais cette réalité qu’on connaît, mais qu’on ne conscientise peut être pas assez.

Les rencontres au sein de l’équipe

Il y a aussi les rencontres au sein même de l’équipe. Des militants à l’engagement énergique et vivifiant offrant leur temps et leur dévouement pour concrétiser ce en quoi ils croient. C’est admirable. J’ai eu plusieurs coups de cœur au sein de cette équipe. Je ne citerai que quelques-un,  car je ne peux pas m’empêcher de partager ces coups de cœur que j’ai eu pour :

Géraldine, la tante de Lénaïck qui a montré un soutien sans faille, qui motivait et animait l’équipe avec une générosité admirable. On avait l’impression qu’elle n’était jamais fatiguée et pourtant !

Coup de cœur pour ce Maire que beaucoup décrient pour diverses raisons que je ne chercherai pas à connaître : Véronique, Maire de Saint-Elie et suppléante de Lénaïck. Le genre de femme qui donne envie de donner le meilleur de soi-même et avec qui on peut échanger sur divers sujets pendant des heures, car on sait qu’on sera écouté avec bienveillance.

Un autre pour Taki taki man, l’homme qui parle tellement ! (Taki veut dire parler en sranan tongo) !  Il s’agit de Joseph Verda, un homme véritablement engagé pour le développement de son pays.

Et enfin pour Emilienne, la perle de Guyane Rassemblement. Le genre de personne qui nous rappelle qu’au-delà des partis, groupes et organisations, il y a surtout des individus compétents et volontaires.

Fin de la « Facebook addiction »

Enfin, le dernier point que je retiens de cette campagne, n’est pas des moindres : j’ai pris énormément de distance avec Facebook et cie ! Si comme moi vous êtes drogués aux réseaux sociaux, allez faire campagne ! D’abord vous serez très occupé, vous n’aurez  vraiment pas le temps pour ça. Ensuite, si vous êtes forcé à y aller pour une raison x… Pour ma part je communiquais donc je devais être au fait de ce qui se passe. Vous prendrez naturellement de la distance. C’est parfois la meilleure chose que l’on peut faire face au déferlement de la violence : s’en extraire à tous prix, fuir !

Fuir les mauvaises ondes

En effet, il y a beaucoup de propos déplorables qui ont été diffusés de tous camps, de tous bords, et c’est extrêmement épuisant. Je pense qu’on peut très bien décider de voter ou de ne pas voter pour quelqu’un sans pour cela dénigrer les autres candidats. Quand il s’agit que de dénigrement… je passe sur les propos racistes, humiliants et profondément injustes contre un être humain qui a tout de même le mérite de chercher à s’investir et s’engager pour un projet. Un être humain qui a une famille, des amis, des proches, qui sont bien souvent ceux qui sont les plus affectés par les différents propos…

Alors, à refaire… ?

C’est vrai qu’une campagne électorale c’est vraiment très dur. L’investissement que ça demande, n’est pas des moindres. Si on décide de s’engager, il faut bien prendre la mesure de son engagement. Mais une fois décidé, une fois l’aventure commencée, quelque soit le résultat des élections, on peut se permettre de saluer et célébrer l’engagement pris et assumé jusqu’au bout.

Dernière anecdote pour conclure. Avant de me replonger dans cet article, je travaillais sur la synthèse des éléments de com créé  pour mettre à jour le site de l’agence (voir ici). Et en réalisant ce travail de synthèse, j’ai eu les larmes aux yeux, celles que je n’avais pas versées plus tôt. Je suis reconnaissante et assurément très heureuse d’avoir vécu ce merveilleux mois de juin.

Lors de la soirée électorale, avec Lénaïck, sa tante Géraldine et sa sœur. (Non ce n’est pas une photo de famille, je suis juste allée taper l’incruste :D)

[1] Proverbe créole : “Ce qui est là pour toi, l’eau ne l’emporte pas”.

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  • Mon cher papillon
    Heureuse de te lire et de constater avec bonheur que tu as l’âme d’un boxeur !
    La danse , le sport permet de tenir no seulement le coup mais de jouir d’aller au delà et de se découvrir des performances inconnues .
    Puis les rencontres de toutes sortes avec un monde dans la souffrance , les sacrifices de beaucoup , un monde au contraire ignorant des misères réelles, puis les dents longues capables d’utiliser tous les coups bas et bien plus encore . .Mais la quand on prend conscience de tout cela et que le candidat est à la hauteur ( ce qui me semble être le cas ) on fonce .La tête DIRIGE tout ! On n’a plus faim plus soif plus sommeil .(.On pense juste à soigner sa présentation )Le reste suit et on se sent hors atteinte, on sait que l’on va gagner comme le boxeur fort dans sa tête.
    Quand on réalise? Point d’orgue, l’apothéose…puis le relâchement avec ses effets sans lumière où enfin on se retrouve un peu dépossédé puis la vie te fait vite signe à peine le tps de reprendre son souffle car les choses s’enchaînent avec le plaisir de faire des choix , d’avoir des critiques des jaloux mais raté car tu as appris à te battre comme une lionne .
    Ton candidat n’a fait que le premier pas et a besoin d’avoir à ses côtés des êtres qui n’hésitent pas à le stimuler car hélas, ils perdent souvent les ….pedales et cet acharnement du début. SAVOIR être humble et proche de ceux qui en ont besoin ..
    Voilà mo. Papillon / boxeur .
    Je te souhaite beaucoup de combats , Tu es une battante .BRAVO ET GROS BISOUS

  • Ah ben dis donc.

    Je t’observais de loin, papillon prêtant ci et là, la poussière de ses ailes si précieuses. Et j’avoue qu’une certaine crainte, venue de loin (je ne saurais dire où), m’encombrait et le coeur et la pensée. C’est que je n’avais pas bien observé. Et l’aura du papillon n’est que l’enveloppe qui pourvoit la nécessaire légèreté au déplacement félin du « TIG » qui t’habites.